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Du salariat à l'entrepreunariat : Le "cas" Thomas Debray


De prime abord, on se demande bien ce qui a poussé Thomas Debray - la quarantaine, un physique de rugbyman – à créer un théâtre d’improvisation tout en continuant d’exercer son job très prenant (3 déplacements mensuels à l’étranger) de vice-président supply chain pour l’Eurasie & l’Afrique chez SEB, groupe au sein duquel il a pratiqué de nombreux métiers : responsable d’usine, fusion-acquisition, gestion des risques et du changement entre autres.

Vers 35 ans, il s’est questionné sur le sens à donner à sa carrière, considérant qu’il avait mené jusque-là une vie « normale », qu’il avait toujours été un « bon élève », tout en œuvrant à la performance collective de ses équipes. Le déclic s’est produit avec la découverte du « stand-up » à Chicago, la ville où est vraiment née cette discipline artistique. Selon lui, l’improvisation devrait être obligatoire car elle libère de nombreuses pensées limitantes et les valeurs qu’elle véhicule ont un impact direct sur le dynamisme des collaborateurs. Mais comment trouver du sens, même au milieu de 30.000 salariés ? Comment lancer un théâtre privé dans un pays où le public domine. Bref, comment casser les règles en lançant un projet entrepreneurial innovant et motivant ?

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Tout est parti aussi d’un constat lié à son activité professionnelle : Thomas Debray s’était rendu compte que lorsque des processus sont imposés, les résultats n’étaient pas à la hauteur des espérances principalement par manque de délégation et de responsabilisation. Il a donc décidé de transmettre un savoir et d’abandonner 90% des indicateurs imposés jusque-là. Cette pratique transparait dans sa vision du « seul en scène » : les gens qui franchissent le pas peuvent y trouver ce fameux sens en créant des instants de bonheur pour un public. Les clés de succès du projet sont simples en apparence : l’absence de jugement, viser la « disruption » et le côté pionnier de l’activité (il n’y a pas d’école ni de formation au stand up). Son crédo : « Je ne perds pas une seule seconde à me dire qu’un projet ne marchera pas et je mets tout en œuvre pour ne pas le planter ».
 

Comment monter un projet fou ?
Le choix des associés s’est avéré crucial. Thomas Debray s’est donc entouré de fonctions complémentaires venues du privé pour gérer les aspects liés à la finance, à la communication, au marketing, à l’artistique, ce qui représente une équipe de 6 personnes. Ensuite, tout est question de choix : vaut-il mieux axer la promotion sur les comédiens, sur la salle ou bien sur la visibilité du produit ? L’essentiel est d’être en cohérence à tous les niveaux. Pour « comprendre », il a eu besoin de « faire ». Mais surtout de bien cerner les rouages avant d’intégrer le système en question, celui du théâtre privé.

Le projet vise la rentabilité, c’est-à-dire la salle pleine. L’artiste est invité à se « défoncer » car une salle pleine créé le buzz. Thomas Debray raconte que les institutionnels se sont pressés une fois le succès venu, reconnaissant la valeur « sociétale » de la démarche, mais il préfère s’accrocher à son indépendance. Son statut d’entrepreneur non rémunéré lui procure une liberté d’action totale.

Improvidence est passé de 200 à 750 spectacles de 2014 à ce jour et a drainé plus de 50.000 spectateurs. Il constate que 60% du public du samedi vient pour la première fois et que le bouche à oreille fonctionne très fort. Improvidence développe une offre en prestations de services, en formation, en production. Des stages d’improvisation sont proposés aux entreprises, il y aura aussi des « packages d’impro » à destination des villes. Beaucoup de tests, d’erreurs, et d’encouragements à l’initiative ont été nécessaires pour en arriver là et l’équilibre est fragile.

Ce qui est extraordinaire, c’est qu’il mène son projet sans avoir réduit son temps de travail. Thomas Debray avoue avoir été totalement transparent avec la RH de Seb. Désormais, il est connu comme étant le « Monsieur Impro » de la boîte. On lui reparle de stages ayant eu lieu il y a 5 ans. La méthode est désormais entrée dans la culture de l’entreprise et ... ça marche : l’improvisation permet de faire tomber les masques, de lever des tabous. Il est aussi convaincu que trop d’indicateurs tuent les initiatives et la créativité.

Il a su déléguer, tout en gardant la main sur la programmation des spectacles, qui sont la « marque de fabrique » d’Improvidence. Il prend sur son temps de vacances pour sélectionner les spectacles qui seront à l’affiche du théâtre. Prochain projet : du 5 au 12 mai 2018, il invite 17 « standuppers » de 9 pays dans le cadre d’un « ImprovFest ».

Comment l’entrepreneur lève-t-il les doutes ?
« Après avoir donné les 20.000 euros de caution, nous n’avions pas d’autres choix que de réussir » explique Thomas Debray. Les doutes étaient nombreux : comment lancer une offre peu connue pour un besoin non exprimé ? « Il fallait une conviction à toute épreuve ! » Questionné sur sa frénésie (boulimie ?) de projet, il estime s’être entouré de professionnels car « l’argent change les gens. Les attentes doivent être claires dès le départ, même s’il faut se dire qu’elles sont susceptibles d’évoluer. Mon expertise de logisticien a aidé à la bonne marche du projet ».
De cette expérience, Thomas Debray a édicté quelques mantras tels que « Si on ne change pas tous les six mois, on est mort » ou « il faut convaincre et éduquer non seulement sa famille mais aussi son entourage et ses collègues ». Il s’est inspiré d’initiatives de startuppers qu’il a appliquées dans les pays émergents dont il s’occupe chez Seb. En complet alignement avec sa vision humaniste et pragmatique d’épanouissement personnel, professionnel et culturel des équipes locales.

 

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